samedi 27 juillet 2013

Recyclage des rejets de fabrication de l'huile d'olive

C’est la saison de la production d’huile d’olive ! D’octobre à décembre. Un processus en diverses étapes pour obtenir la bonne huile que nous consommons. Mais c’est aussi l’émission d’une importante quantité de déchets tels que les grignons d’olive – rejets composés de peaux, des résidus de la pulpe et des fragments de noyaux – et les margines, mélanges d’huile et d’eaux très polluantes chargées en matière organique. Que fait-on de ces sous-produits ? Il arrive qu’on s’en débarrasse en les jetant dans la nature mais plus souvent les propriétaires des pressoirs vendent les grignons pour en faire du compostage pour les terres agricoles. D’autres personnes conscientes de leur valeur ajoutée, essayent d’en faire quelque chose. C’est le cas de Georges el-Zouki. Le jeune homme a trouvé le moyen de les recycler en bûches. Visite sur le terrain.

Pas loin de Zghorta, à Kafard Zeinab, Georges el-Zouki et son père Joud sont propriétaires d’un pressoir d’huile d’olive. Le lieu ressemble à une ruche en pleine effervescence – on voit bien que la saison des olives bat son plein. Des clients attendent leur tour, avec, déchargés des mini-camions, des sacs au contenu si précieux : des olives. Bien que l’endroit ressemble à un fouillis, les bidons, eux, sont posés sagement l’un à côté de l’autre, prêts à recueillir une belle huile d’olive, claire et limpide, fraîchement pressée. L’endroit est convivial, tout le monde se connaît, ça discute de partout. M. Joud père, tel un patriarche, observe d’un œil attentif le va-et- vient. Impossible de ne pas reconnaître Georges el-Zouki, il est continuellement en mouvement. Il vérifie la pression d’une machine, scrute le bon déroulement du déversement de la pâte d’olive dans les cuves... À l’arrière-plan du pressoir se trouve la benne qui récolte les déchets des olives. Georges el-Zouki va droit au sujet : « Comme vous le constatez, la quantité des déchets est énorme, et, depuis que je suis petit, je vois ses monticules. Du fond de mon enfance, je me rappelle qu’à chaque fois, mon père râlait, ne sachant quoi en faire. Car bien qu’une certaine quantité était revendue, beaucoup nous restait sur les bras. » Le jeune homme a toujours été un grand bricoleur. Il a poursuivi des études en mécanique. « La machine qui fait le tri entre feuilles et olives, c’est moi qui l’ai fabriquée, affirme t-il. L’euro est cher, alors on économise tant que l’on peut ! »

« On peut essayer sans que ça ne réussisse du premier coup… » Le regard souriant, Georges enchaîne : « Il y a quelques années, lorsque j’ai fait mon stage en Italie pour l’entretien des appareils, j’ai remarqué le tas de machines mises de côté, j’ai alors réalisé que l’on peut essayer de fabriquer des appareils sans que cela ne réussisse pour autant… » De retour au pays, et à la saison des olives, lorsque Georges revoit le monticule de déchets, il est décidé à en faire quelque chose. « Cela m’est venu naturellement… J’ai pensé aux bûches, car la matière première est devant moi. Mais je me demandais comment fabriquer des moules… J’ai alors pensé aux pistons hydrauliques des tracteurs, qui ont fait office de moules. » Évidemment, cela n’a pas fonctionné aussi bien qu’il l’espérait. Mais l’idée était là.

Aujourd’hui, Georges est à sa quatrième machine. « Elle fonctionne bien, dit-il. Pourtant il y a encore des détails à arranger. Cela fait plusieurs années que je travaille dessus. J’ai compris, après plusieurs essais, que les margines doivent être bien séchées. Ainsi, il y a toute une procédure à respecter. Mais je vous affirme que depuis l’été, j’ai vendu cinquante tonnes de bûches de margines d’olive aux gens de la région et du Akkar. »

Veut-il enregistrer son invention ? Georges el-Zouki n’y croit pas trop. « Je suis convaincu, dit-il, que dès que je l’enregistre, et contre une somme modique, n’importe qui la copiera. » Alors, il préfère la développer tranquillement. Loin des regards. Par ailleurs, il espère atteindre les cent tonnes de bûches de margines fabriquées et écoulées. « Ainsi je pourrais rentrer dans mes frais et ce sera un travail plus sérieux. » Pour atteindre le rythme visé, il devra – nous a-t-il expliqué – fabriquer une machine à piston hydraulique encore plus puissante que la présente, mais toujours basée sur le même principe. Il ajoute : « Tout le monde est satisfait.

Le cultivateur n’a plus à se procurer des branches d’arbres pour se réchauffer et moi je me débarrasse sainement et à bon compte des déchets.» Notons qu’une tonne de bûches est vendue à deux cent mille livres libanaises. Georges a repris l’huilerie parentale et l’a modernisée, « bien que mes frères m’encourageaient à m’installer avec eux en Australie ». Son amour pour sa terre et pour son village l’a poussé à être créatif et à prendre en considération le bien collectif. Qu’il soit le premier ou pas à avoir pensé et inventé une machine pour recycler les margines, son initiative ne peut être que louable et inspirante

article via le journal libanais lorient le jour

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